vendredi 11 janvier 2019

Vous avez dit "violence légitime" ?

"Dans un État démocratique républicain, le monopole de la violence légitime, c’est celle des policiers et des gendarmes."
Entendre cet idiot nuisible qu'est Gérald Darmanin s'essayer à citer (approximativement) le sociologue Max Weber a quelque chose de tragique, de pathétique et de réjouissant à la fois.
Tragique car malheureusement Darmanin, comme bien d'autres responsables politiques et intellectuels pour médias, illustre la fuite en avant autoritaire en cours, dont on ne sait pas où elle va s'arrêter, alors qu'elle s'est déjà traduite par des milliers de blessé·e·s, des dizaines de mutilé·e·s, des milliers d'arrestations préventives, des centaines de condamnations, et désormais un projet de loi "anticasseurs" qui va restreindre encore un peu plus la liberté de manifester.

Pathétique car visiblement ces gens ne se rendent pas compte que le fait d'en faire autant sur le thème de "l'affirmation de l'autorité de l'État" est un aveu, en creux, de... perte d'autorité. Darmanin n'a de toute évidence pas lu et/ou pas compris Weber, qui écrivait que l'État est une communauté qui "revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime". La légitimité ne se proclame pas, elle repose sur un accord tacite, un consentement, une adhésion, et répéter "Nous sommes légitimes" a autant de consistance que de proclamer "Je suis quelqu'un en qui il faut avoir confiance" ou "Je suis quelqu'un qu'il faut aimer".
Réjouissant car ce type de "rappel à l'ordre" est l'une des expressions les plus visibles de la fébrilité qui a gagné, ces dernières semaines, les cercles du pouvoir, devant l’accélération de l'érosion de la légitimité non seulement du gouvernement mais aussi des institutions de la 5e République. En effet, la question de la "violence légitime" n'est pas une mince affaire, car elle concerne l'un des attributs essentiels, sinon l'attribut essentiel, de la structure de domination qu'est l'État. Et depuis plusieurs semaines, c’est bel et bien la légitimité de la violence des forces de répression qui est remise en question, à une échelle qui dépasse de très loin les cercles habituels. La popularité maintenue du mouvement des Gilets jaunes, malgré la mise en scène politico-médiatique des violences commises lors des manifestations, est l'autre expression de ce changement notable d’atmosphère, sans même parler de l’élan de sympathie, au sein du mouvement des Gilets jaunes, autour du "Gilet jaune boxeur". Les "violences" des manifestant·e·s, si elles ne sont pas nécessairement applaudies, sont de plus en plus acceptées, et donc considérées comme ayant une (part de) légitimité.
Alors certes, il n'y a pas (encore) de basculement global, et l'adhésion au "discours de l'ordre" a la vie dure. Mais il est, de toute évidence, en train de se passer quelque chose, et il serait dommage de s'arrêter en si bon chemin.

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