lundi 6 juillet 2015

Couverture médiatique du référendum en Grèce : le meilleur du pire

La couverture médiatique du référendum grec s’est transformée, comme on pouvait s’y attendre, en véritable curée anti-Syriza. Dans la presse écritesur Twitterà la télévision, c’est à un déferlement de mépris, voire de haine, que l’on a assisté, avec une virulence qui rappelle inévitablement les grandes heures du référendum français de 2005. Lors de nos premières observations, nous avons parfois mis de côté quelques épisodes journalistiques particulièrement délicieux, mais qui à eux seuls ne pouvaient donner lieu à un article. Voici donc une compilation de ces grands moments : le meilleur du pire de l’information sur le référendum grec.

vendredi 3 juillet 2015

Grèce : Ruth Elkrief, représentante de la Troïka, questionne Jacques Sapir

Le lundi 29 juin au soir, Ruth Elkrief recevait, sur le plateau de BFMTV, l’économiste Jacques Sapir. Ce dernier, connu pour ses positions hétérodoxes, entre autres et notamment sur la question de la construction européenne et de l’Euro, a pu faire entendre un autre son de cloche que celui auquel nous avons été accoutumés ces derniers jours. Tant mieux pour le pluralisme.

Mais, et quand bien même il ne s’agit pas ici de juger du bien-fondé des opinions de Jacques Sapir, force est de constater que les questions posées par Ruth Elkrief ne ressemblaient guère à celles d’une intervieweuse, mais plutôt à celles d’une avocate des institutions européennes. Un cas exemplaire de ces interviews « made in Troïka », dont la motivation principale ne semble pas être celle d’informer, mais plutôt de défendre un point de vue anti-Tsipras sous couvert de « questions » largement inspirées par les aficionados de l’eurocratie. Lire la suite ici. 

jeudi 2 juillet 2015

Curée médiatique contre le référendum "irresponsable" d’Alexis Tsipras

Dans la soirée du 26 juin, Alexis Tsipras annonçait son intention d’organiser un référendum sur le plan d’austérité proposé par les créanciers de la Grèce en échange de leur soutien financier. Consulter le peuple grec sur les réformes « indispensables » qui lui sont imposées ? « Irresponsable » répond en chœur la fine fleur de l’éditocratie française, dont les tweets rageurs préfiguraient les points de vue… tout en nuances.

En 2011 déjà, l’annonce d’un référendum, finalement abandonné, sur le « plan de sauvetage » européen avait provoqué une levée de boucliers médiatique. De cette fronde contre le « dangereux coup de poker grec »Le Monde prenait déjà la tête : « Ce n’est pas ainsi que l’Europe doit fonctionner » assurait le quotidien, qui anticipait non sans cynisme un résultat défavorable : « Imagine-t-on d’ailleurs un peuple acceptant, unanime, une purge aussi violente que celle proposée ? » Ce lundi, deux jours après l’annonce d’Alexis Tsipras, l’éditocratie française a remis le couvert.

mercredi 1 juillet 2015

Référendum en Grèce : les éditocrates et la démocratie en 140 signes

Sitôt l’annonce faite par Alexis Tsipras, Premier ministre grec, de l’organisation dimanche 5 juillet d’un référendum sur le plan d’austérité « proposé » par l’ex-troïka, les éditocrates eurobéats se sont déchaînés sur Twitter. Et, en amoureux de la Grèce, ils n’ont pas manqué de rendre de vibrants hommages à la démocratie, sans jamais, au grand jamais, céder à la facilité, au raccourci ou à l’invective.

Démonstration avec les tweets de trois d’entre eux (Jean-Michel Aphatie, Arnaud Leparmentier et Jean Quatremer), exemples exemplaires de la tendance de certains « grands » journalistes à abandonner toute volonté d’informer avec rigueur et à oublier tout sens de la mesure lorsque les choses ne se passent pas comme ils l’auraient souhaité...

Lire la suite ici.  

samedi 20 juin 2015

« Y’a bon Awards » : Caroline Fourest prend (de nouveau) quelques libertés avec la vérité

Caroline Fourest n’est pas contente d’avoir reçu, le 12 juin dernier, un « Y’a bon Award », et elle l’a fait savoir au moyen d’un billet publié sur son blog le vendredi 19 juin. Une vingtaine de lignes dans lesquelles elle accuse les « Y’a bon » d’être d’une « mauvaise foi renversante »

Et d’avancer, en guise d’explication, les deux arguments suivants : « [les "Y’a bon"] mélangent propos racistes et propos laïques » ; « ils les sortent totalement de leur contexte et les tronquent pour leur faire dire… l’inverse ».

Deux « arguments » qui, comme nous allons le voir, ne résistent guère à l’examen. Car si l’on peut reconnaître à Caroline Fourest, qui prétendait il y a quelques semaines avoir gagné un procès qui n’avait pas encore eu lieu, une certaine expertise dans le domaine de la « mauvaise foi », force est de constater que sa « démonstration » produit l’effet exactement inverse de celui qu’elle escomptait.


« Des propos laïques » ?

Rappelons que Caroline Fourest a été distinguée cette année, dans la catégorie « Ils ont bien le droit de fantasmer », pour son évocation de « ces familles qui au nom de leurs convictions religieuses retirent les enfants des cours d’histoire quand on enseigne la Shoah ». Cette affirmation pain-au-chocolat (© Jean-François Copé) est en réalité contredite par les études rigoureuses portant sur la question de l’enseignement de la Shoah, parmi lesquelles aucune ne mentionne d’opposition de nature religieuse audit enseignement[1]. Et pour cause : bien malin serait en effet celui qui pourrait expliquer ce qui, dans la religion musulmane – puisque c’est d’elle dont il s’agit – proscrit ou conteste l’enseignement de la Shoah à l’école ! Chère Caroline Fourest, croyez-vous réellement qu’il existe une analyse musulmane de la Shoah, ou une position musulmane vis-à-vis de son enseignement ?

Que certains, au nom de leurs « convictions religieuses » (chrétiennes, musulmanes ou autres), contestent par exemple l’enseignement de la théorie de l’évolution, c’est un fait avéré et explicable : il existe en effet des versions religieuses de l’histoire de l’humanité alternatives aux thèses de Darwin. Mais au nom de quelles « convictions religieuses » des parents pourraient-ils retirer leurs enfants des cours d’histoire de la Shoah ? Quelle est la version islamique alternative de cette tragédie historique ? On ne peut s’empêcher de penser ici à un amalgame quasi-identique, présent dans le récent dossier de Marianne consacré aux « complices de l’islamisme », avec l’évocation d’une enseignante à qui l’on aurait demandé de ne pas évoquer le génocide arménien pour ne pas « provoquer la communauté turque », comme si la contestation du génocide arménien avait un quelconque lien avec l’islam…

Les propos de Caroline Fourest sont un exemple exemplaire des amalgames en vogue chez nombre d’éditorialistes et de dirigeants politiques, qui consistent à faire porter à un islam essentialisé (et fantasmé) la responsabilité de comportements répréhensibles, voire condamnables, mais qui n’ont en réalité rien à voir avec l’islam. Les enseignants qui expliquent qu’ils ont des difficultés à enseigner la Shoah, difficultés bien réelles et qu'il ne s'agit pas de nier, évoquent en effet des réactions du type « on parle tout le temps des Juifs », « on parle trop de la Shoah », « on ne parle pas des autres crimes comme la colonisation et l’esclavage », voire des propos révisionnistes ou négationnistes. Mais quel est le rapport avec l’islam et les « convictions religieuses » des élèves ou de leurs parents ? Aucun.

Il y a ainsi une double essentialisation dans ce type d’accusation : celle de l’islam, donc, mais aussi celle de populations d’origine maghrébine qui se trouvent enfermées, du fait de l’explication de certaines de leurs attitudes (existantes ou fantasmées) par leurs « convictions religieuses » alors que leur religion n’y est pour rien, dans une identité réduite à leur religion (réelle ou supposée). La déclaration de Caroline Fourest, qui explique que certains contesteraient l’enseignement de la Shoah en raison de leur foi musulmane, est donc non seulement totalement fantaisiste mais elle est en outre ouvertement stigmatisante : à l’en croire, l’islam serait en effet, en lui-même, générateur de révisionnisme, voire d’antisémitisme. Difficile d’établir ici un quelconque rapport avec la défense de la laïcité.


« Une dénonciation d’une forme de racisme anti-musulman » ?

Comme si la manœuvre consistant à péniblement tenter de « laïciser » des propos stigmatisants ne suffisait pas, Caroline Fourest va encore un peu plus loin : en sortant la phrase de son contexte et en la tronquant, les « Y’a bon » auraient en réalité fait dire à l’éditorialiste l’inverse de ce qu’elle pensait : « En pleine polémique sur le retrait de certaines familles de l’école publique pour cause de programmes visant à déconstruire les stéréotypes de genres, je trouvais douteux qu’on puisse hurler quand les enfants de familles musulmanes[2] souhaitent échapper à l’enseignement de certaines matières ou de la Shoah, mais pas quand des familles catholiques souhaitent échapper à l’enseignement de l’égalité filles-garçons… C’est donc une dénonciation d’une forme de racisme anti-musulman, d’une inégalité dans la vigilance, qui me vaut ce "Y’a bon" ».

Comprendre : Caroline Fourest, par ses propos, entendait en fait défendre les Musulmans en dénonçant le « deux poids, deux mesures » dont ils sont victimes. Caroline Fourest a raison sur un point : la phrase incriminée par les « Y’a bon » a été prononcée le 3 février 2014 sur LCP lors d’un débat concernant la polémique autour de l’enseignement de la supposée « théorie du genre », au cours de laquelle l’éditorialiste dressait effectivement le parallèle qu’elle évoque dans son billet. Elle appelait ainsi la droite républicaine à être cohérente et, comme elle s’était opposée à « ces familles qui au nom de leurs convictions religieuses retirent les enfants des cours d’histoire quand on enseigne la Shoah », à s’opposer à l’offensive conduite par certains intégristes religieux catholiques contre l’école publique.

Le problème est que ce contexte ne change rien, bien au contraire ! Le parallèle entre, d’une part, un mouvement organisé (la « Manif pour Tous »), dont nombre de responsables revendiquent ouvertement leurs convictions religieuses et affirment se battre au nom de ces dernières, avec le soutien d’une partie du clergé catholique, contre « l’enseignement de l’égalité filles-garçons » et, d’autre part, les comportements (supposés) de certaines familles à l’égard de « l’enseignement de l’histoire de la Shoah » expliqués par les « convictions religieuses » de celles-ci alors qu’il n’y a, répétons-le, aucune position musulmane eu égard à la Shoah ou à son enseignement, participe précisément de l’amalgame que nous avons décrit plus haut ! Prétendre que les « Y’a bon » auraient tronqué une citation dans le but de faire dire à Caroline Fourest le contraire de ce qu’elle pensait, alors que la citation « intégrale » ne fait que renforcer l’amalgame qui a valu à l’éditorialiste sa deuxième banane dorée[3], est en ce sens un argument, chacun l’avouera, d’une « mauvaise foi renversante ».

À moins que… À moins que Caroline Fourest ne pense que l’on puisse « dénoncer le racisme anti-musulman » en véhiculant clichés et amalgames sur les Musulmans. Une certaine vision de l’antiracisme donc, que l’on pourrait tenter de décliner avec d’autres formes de racisme, en reprenant précisément le raisonnement de l’éditorialiste qui ne fait pas d’amalgame. Par exemple : « En pleine polémique sur le refus des exilés fiscaux de rembourser leur dette au fisc, je trouvais douteux qu’on puisse hurler quand les étrangers fraudent l’administration pour bénéficier de milliers d’euros mensuels sans travailler et en détournant les allocations sociales, mais pas quand des familles françaises souhaitent échapper à l’impôt… C’est donc une dénonciation d’une forme de xénophobie, d’une inégalité dans la vigilance, qui me vaut ce "Y’a bon" ».

Convaincant, n’est-ce pas ?



[1] Voir notamment l’ouvrage fondateur Quand les mémoires déstabilisent l’école : mémoire de la Shoah et enseignement (sous la direction de Sophie Ernst), Institut National de Recherche Pédagogique, 2008. On pourra également recommander à Caroline Fourest l’écoute de l’émission « La grande table » du 26 janvier 2015, en présence de Georges Bensoussan et Sophie Ernst, dont le thème était « Comment transmettre la mémoire de la Shoah ? ». Une émission diffusée sur France Culture, station au-dessus de tout soupçon de « complicité avec l’islamisme » puisqu’elle emploie, entre autres, Caroline Fourest.
[2] On n’aura pas manqué de noter ici, dans un texte écrit (et donc, en théorie, réfléchi et relu) l’emploi de l’expression « les enfants de familles musulmanes ». Pas « des » enfants. Mais surtout, pas d’amalgame.
[3] Rappelons que Caroline Fourest avait été distinguée par les « Y’a bon » en 2012, pour sa dénonciation de « ces associations qui demandent des gymnases pour organiser des tournois de basket réservés aux femmes, voilées, pour en plus lever des fonds pour le Hamas ». Là aussi, sans doute, des « propos laïques » et destinés à « dénoncer une forme de racisme anti-musulman ». On notera que Caroline Fourest, d’une bonne foi renversante, évoque pudiquement, dans son billet du 19 juin 2015, ce premier « Y’a bon », expliquant qu’elle avait simplement « dénoncé les mairies prêtant des installations publiques à des associations intégristes et sexistes ». Ou quand Caroline Fourest tronque elle-même ses citations… 

vendredi 19 juin 2015

6ème cérémonie des "Y’a bon Awards" : pourquoi tant de haine ?

Le vendredi 12 juin s’est déroulée à Paris la sixième édition des Y’a bon Awards, soirée mêlant humour et politique, au cours de laquelle ont été décernées des récompenses à celles et ceux qui, journalistes ou responsables politiques, se sont distingués, au cours de l’année passée, par leurs propos racistes. L’initiative, organisée par l’association Les Indivisibles, entendait rappeler à celles et ceux qui ont accès à la parole publique qu’il n’est pas possible de dire tout et n’importe quoi, et que certains veillent. Et c’est ainsi que, comme chaque année, personne n’a été épargné. Mais, comme chaque année, de bien mauvais procès ont été faits aux « Y’a bon ». 


mercredi 27 mai 2015

"Les complices de l’islamisme" : Marianne au zénith de la médiocrité journalistique

« Les complices de l’islamisme ». Tel est donc le titre de l’épais dossier (24 pages) de l’hebdomadaire Marianne du 22 mai 2015 (n°944) qui entend dénoncer, comme l’annonce la « une », les « alliés objectifs, compagnons de route [et] idiots utiles » de « l’islamisme ».

Le dossier et son contenu ont rapidement fait le « buzz », notamment en raison d’un article, particulièrement remarqué, contre la station de radio Beur FM, et plus précisément contre l’émission quotidienne « Les Z’informés ».

Voilà qui ne pouvait manquer d’attirer notre attention.

vendredi 22 mai 2015

Mes félicitations à Marianne pour son dossier sur « les complices de l’islamisme »



Cher hebdomadaire,

1) Tout d’abord, toutes mes félicitations pour l’originalité de ton dossier consacré aux « complices de l’islamisme ». Un vrai pavé dans la mare, un tabou que jusqu’à présent personne n’avait osé briser. Cela faisait en effet au moins deux mois qu’aucun hebdomadaire n’avait consacré sa « une » à cette thématique racoleuse, et le moins que l’on puisse dire est qu’en l’espèce, tu succèdes à un grand, un très grand :





C’était donc il y a deux mois, et c’était donc dans Valeurs Actuelles, hebdomadaire, tu en conviendras, reconnu pour ses courageux combats pour l’égalité, pour l’émancipation et contre les oppressions, pour son sens de la mesure et pour ses prises de position récurrentes en faveur du vivre-ensemble et du dialogue interconfessionnel :








Alors, me diras-tu, on peut traiter du même sujet qu’un confrère sans nécessairement que les lignes éditoriales se confondent. Évidemment. Mais tu avoueras que le fait d’avoir fait appel, pour un lumineux article sur Beur FM, à Wladimir De Gmeline, transfuge de… Valeurs Actuelles, pourrait être vu, a priori, comme l’illustration d’une certaine porosité. 

Mais après vérification, mon honnêteté intellectuelle m’oblige à reconnaître que ton dossier et celui de Valeurs Actuelles ne sont pas identiques. Me voilà rassuré. Je t’avoue en effet que la tendance récurrente de ton directeur de la rédaction Joseph Macé-Scaron à pratiquer les « emprunts » sans se référer aux auteurs originaux (ce que certains dictionnaires appellent « plagiat ») avait de quoi inquiéter. Dont acte.


2) Toutes mes félicitations, ensuite, pour le choix judicieux du « partenariat avec RMC », signalé en « une » et sur la première page du dossier :


Un « partenariat » qui ne manque pas de surprendre, surtout lorsque l’on connaît le thème du dossier et certaines des accusations qui y sont portées.

Ainsi, lorsque tu fustiges les « complices de l’islamisme » pour les concessions qu’ils feraient aux intégristes en ce qui concerne les luttes pour les droits des femmes, tu sembles oublier un peu rapidement le pedigree de ton « partenaire ». RMC est en effet bien connue pour les saillies sexistes de certains de ses invités et animateurs, avec entre autres le « Moscato Show », émission au cours de laquelle on a pu entendre, par exemple, des hommes discuter doctement des bienfaits, pour les sportifs, du harcèlement sur les femmes de ménage, ce qui avait valu une mise en garde à RMC de la part du CSA. Cas isolé ? Pas vraiment : en janvier 2013, le CSA revenait à la charge et mettait en demeure RMC pour « propos injurieux, misogynes, attentatoires à la dignité de la personne et à connotation raciste », suite à une émission au cours de laquelle on avait pu entendre une invitée, Sophie de Menthon, se demander si « l’affaire DSK » n’était pas « ce qui est arrivé de mieux » à Nafissatou Diallo, tandis que le chroniqueur Frank Tanguy estimait que l’ex-employée du Sofitel vivait « un conte de fée ». Mais peut-être qu'un hebdomadaire dont le fondateur Jean-François Kahn avait, à l'époque, évoqué un « troussage de domestique », n'est guère choqué par de tels propos. 

De même, alors que tu accuses, à mots à peine couverts, certains « complices de l’islamisme » de complaisance à l’égard du racisme et de l’antisémitisme (sans évidemment le démontrer), tu omets de mentionner que ton « partenaire » RMC n’est pas un modèle du genre et que l’on y tient régulièrement des propos qui flirtent allègrement avec le racisme : à propos de Nafissatou Diallo donc (voir ci-dessus), mais aussi lorsque l’un des journalistes vedettes de la radio reprend à son compte l’idée de « l’influence juive » (voir ci-dessous). Et si, Marianne, tu n’as pas l’habitude de suivre les programmes de ton « partenaire », je te recommande chaudement l’écoute de l’extrait en lien, au cours duquel tu entendras un animateur de RMC trouver des surnoms « amusants » aux équipes de football nationales lors de la dernière coupe du monde : les Portugais sont les « truellos », les Brésiliens les « putespachéros », les Algériens les « couscousmerguos » ou les « al-Qaïdos ». Qu’est-ce qu’on se marre.
  
Enfin, j’aurais également pu relever tes attaques contre Beur FM et l’émission « Les Z’informés », que tu accuses d’avoir hébergé des propos inadmissibles à l’endroit des journalistes de Charlie Hebdo[1]. J’aurais ainsi pu te parler de la récente mise en demeure du CSA à RMC (qui, décidément, les collectionne) suite à l’interview de Roland Dumas par Jean-Jacques Bourdin le 16 février dernier, au cours de laquelle le journaliste avait demandé à l’ancien ministre des Affaires étrangères si Manuel Valls était « sous influence juive », question jugée, par le CSA, « de nature à banaliser et à propager des comportements discriminatoires ». Et j’aurais ainsi pu te signaler le peu de cohérence entre tes attaques et tes « partenaires », et te recommander de balayer devant ta porte avant de donner des leçons à la terre entière (a fortiori lorsque l’on sait que le CSA n’a jamais envoyé ni mise en garde ni mise en demeure aux « Z’informés », une quotidienne qui est à l’antenne depuis près de deux ans). Mais je ne le ferai pas car, étant un invité régulier de l’émission « Les Z’informés », je souhaite éviter d’être accusé de prêcher pour ma paroisse ou, pour être plus exact, ma mosquée.


3) Toutes mes félicitations, encore, pour les moments de bravoure littéraire qui égayent la lecture de ce pesant dossier, avec entre autres les « portraits » que tu nous proposes, riches en informations essentielles et exempts de tout cliché.

Ainsi, de Mamadou Daffé, imam à Toulouse : « Il est si franc de poignée de main et si bel homme, son large sourire d’ivoire surtout, tranchant sa peau d’ébène, son large sourire (sic), est si conforme aux canons de la beauté ethnique prisée par Vogue et GQ, que Mamadou Daffé, scientifique de profession, précisément chercheur à l’Institut de pharmacologie et de biologie structurelle du CNRS, passe pour l’imam idéal ».

Ou encore d'Houria Bouteldja, du Parti des Indigènes de la République (PIR) : « Houria Bouteldja est une femme séduisante. Du genre à crever le petit écran. Comme ce soir de printemps 2010, où elle est l’invitée de Frédéric Taddeï sur France 3. Longs cheveux bruns tirés en arrière, paupières légèrement ombrées, regard souligné d’un trait de noir et visage éclairé par le rouge de son col roulé… Houria Bouteldja chaloupe, penche la tête, les sourcils froncés, accentuant la gravité de certains de ses propos ».

Chacun avouera que les éléments qui nous sont proposés ici sont indispensables à la compréhension des « complicités avec l’islamisme ». Notons que dans un cas comme dans l’autre, ce sont les premières lignes des articles (respectivement consacrés à Mamadou Diaffé et aux Indigènes de la République), et qu’il n’est nul besoin d’être grand clerc (ou, pour être plus exact, grand imam) pour comprendre que ces descriptions que l’on pourrait considérer comme élogieuses ne servent qu’à accentuer, par contraste, la dangerosité politique de ces individus : sous un visage d’ange, une âme de démon.

Et que dire de cet autre morceau de bravoure consistant à publier une interview de Malek Boutih, spécialiste réputé de l’islam et des réseaux musulmans en France[2], dans laquelle l’un des plus audacieux parallèles de l’histoire des parallèles est dressé ? Attention, ça décoiffe : « À l'instar du mouvement - plus anecdotique - des bonnets rouges, qui ont fondé leur action sur l'exaltation du territoire breton, les islamistes se sont implantés en banlieue, d'où ils ont entrepris de mener une politique de conquête à petits pas. Et la décentralisation fait beaucoup pour les y aider ».

Doit-on comprendre que les « islamistes » ont fondé leur action sur l’exaltation du territoire banlieusard ? Ou alors que les « bonnets rouges » mènent une politique de conquête territoriale ? La réponse se trouve probablement dans le cerveau de Malek Boutih, et peut-être dans le tien, Marianne, puisque tu as fait le choix de reproduire ces propos sans plus de commentaire…

Mais, à y réfléchir, je suis peut-être, par mon existence même, la démonstration de la validité du théorème de Boutih : je suis né et j’ai grandi en Bretagne, et c’est lorsque j’ai eu 18 ans que j’ai fui cette terre que j’aimais mais qui subissait une véritable invasion de cochons, pour demander l’asile politique dans le 93. Un islamo-breizhou en quelque sorte, peut-être le chaînon manquant venant à l’appui des thèses de Malek Boutih. Si tu décides de consacrer un prochain dossier aux liens secrets entre bretons et musulmistes, je me tiens à ton entière disposition.


4) Toutes mes félicitations enfin, Marianne, pour cet exploit qui entrera dans l’histoire, qui consiste à consacrer 24 pages aux « complices de l’islamisme » sans jamais prendre le temps de définir ce que tu nommes « islamisme ». Tu as ainsi repris à ton compte, et c’est tout à ton honneur, la méthodologie bushienne de la non-définition du « terrorisme » qui partait du principe qu’il est plus facile de désigner un ennemi (et par extension des complices de cet ennemi) sans jamais le cerner et le définir : cela inquiète, cela flatte les préjugés, cela entretient les amalgames, le tout à peu de frais.

Tu me feras remarquer, sans doute, que je t’adresse ces félicitations sans commenter plus longuement le contenu du dossier, et que l'on ne saurait te confondre avec ton « partenaire » RMC. Peut-être seras-tu alors tenté de m’accuser de paresse, de vision superficielle ou de raccourcis simplificateurs. Mais ne t’inquiète pas, Marianne, la suite viendra, et je m’attèlerai à la tâche, comme nous l’avions fait avec l'un de mes complices d’Acrimed à propos de l’un de tes précédents dossiers.

En attendant, et sans évidemment préjuger du résultat de ce travail, je t’invite à réfléchir à cette citation d’Albert Camus que tu arbores fièrement sur ton site :

« Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti. »

Car cette citation induit une réciproque, que tu ne sembles pas avoir comprise :

« La volonté de prendre parti n’empêche pas de dire la vérité. »

Bien à toi, et avec toute ma complicité,

Julien



PS : Puisque tu me présentes, dans l'article consacré à Beur FM, comme « représentant d'Acrimed », sache que si j'interviens dans l'émission « Les Z'informé», c'est en mon nom propre, et que ma parole n'y engage personne d'autre que moi. La parole d'Acrimed s'exprime sur son site et dans son magazine papier trimestriel, Médiacritique(s), ainsi que lorsque des membres de l'association font des interventions publiques au nom d'Acrimed. 

[Edit (26 mai 2015)] : Chose promise, chose due, avec une étude plus fouillée du dossier lui-même, publiée sur acrimed.org : « Les complices de l'islamisme » : Marianne au zénith de la médiocrité journalistique. 



[1] Qu’un invité, proche de la famille d’Ahmed Merabet, le policier tué lors de l’attaque contre les locaux de l’hebdomadaire, révolté de l’absence d’un quelconque représentant de Charlie lors des obsèques de l’agent, avait traité de « rats d’égout »
[2] On pourra, pour s’en convaincre, lire l’ensemble des écrits de Malek Boutih consacrés à la question, c’est-à-dire : rien.