vendredi 25 juillet 2014

Manifestation de solidarité avec les Palestiniens : le « reportage » anxiogène du JT de France 2

Dans la soirée du mercredi 23 juillet, plusieurs manifestations de solidarité avec les Palestiniens, dénonçant l’offensive israélienne contre Gaza et la position des autorités françaises, ont eu lieu dans les grandes villes de France. Le JT de 13h de France 2 du jeudi 24 juillet ne pouvait manquer d’en rendre compte. C’est ce qui a été fait dans un court sujet, présenté sous un « angle » étonnant, servi par un lexique symptomatique.

mercredi 23 juillet 2014

Les dangereux amalgames de Roger Cukierman (lettre ouverte)

Monsieur Roger Cukierman,


Je suis avec attention vos déclarations depuis quelques jours, qu’il s’agisse de votre soutien non dissimulé à l’offensive israélienne en cours (plus de 600 morts à Gaza en deux semaines, un enfant tué toutes les heures, en moyenne, les 21 et 22 juillet), ou de vos commentaires avisés sur les incidents et violences qui ont eu lieu en marge de certaines manifestations de solidarité avec les Palestiniens.

L’objet de ce texte n’est pas de répondre à l’ensemble des questions de fond, ou de forme, posées par vos déclarations, mais seulement de vous faire remarquer que vous avez parfois le verbe un peu léger, et qu’il serait donc sage que vous reveniez à la raison. Si cela est encore possible, ce dont je doute.

L’amalgame entre juif et israélien

Vous souhaitez défendre Israël, sa politique et ses offensives militaires ? C’est votre droit le plus strict. Mais dans ce cas, arrêtez de prétendre parler au nom des Juifs de France et d’entretenir un dangereux amalgame entre, d’une part, les Juifs et, d’autre part, Israël. Rappelons ainsi, à titre d’exemple, les propos que vous avez tenus, le 21 juillet dernier, sur Radio France Internationale (RFI) :

« Nous nous affirmons comme le représentant des Juifs de France et nous éprouvons de l’affection pour l’État d’Israël. De la même manière que des citoyens français d’origine italienne éprouvent de la sympathie pour l’Italie, et de même pour les Espagnols, ou pour toutes les autres nationalités ou binationalités qui peuvent exister en France ».

De quelle « nationalité » ou « binationalité » parlez-vous ? Existe-t-il une nationalité juive, comme il existe une nationalité italienne ou espagnole ? C’est effectivement le cas en Israël[1], mais ça ne l’est pas en France. À quelle « nationalité » faites-vous donc référence ? Cela ne peut être, logiquement, qu’à la « nationalité » israélienne[2] ou à une « binationalité » franco-israélienne. En toute logique, ce « nous » (qui éprouve de « l’affection » pour l’État d’Israël) est donc un nous qui englobe les Israéliens de France et les Franco-israéliens. Mais alors, pourquoi tenir ces propos en vous présentant comme « représentant des Juifs de France » et non comme « représentant des Israéliens de France » ? Considérez-vous qu’être juif et être israélien serait équivalent ?

En introduisant cette confusion, vous entretenez un dangereux amalgame que vous n’avez pourtant eu de cesse de dénoncer ces derniers jours. Dois-je vous rappeler vos propos de juin 2010, au sujet précisément de cet amalgame ? Je crois que cela est nécessaire, car vous semblez avoir la mémoire courte : « L’amalgame entre israélien et juif est tentant et encourage à casser du Juif ». Une remarque dont vous seriez bien avisé de tenir compte...

« C’était un peu la Kristallnacht »

Vous avez en outre jugé bon, en commentant les incidents et violences qui ont eu lieu en marge de certaines manifestations, de dresser des parallèles qui, bien que sans doute destinés à frapper les esprits, n’en sont pas moins douteux, voire scandaleux. Vous avez ainsi déclaré, à propos des affrontements qui ont eu lieu, le 13 juillet, rue de la Roquette à Paris, ceci : « C'était un peu la Kristallnacht [la Nuit de Cristal] et on a échappé de peu à un véritable pogrom ».

La « Nuit de Cristal ». Un « pogrom ». Rien que ça.

Rappelons, pour mémoire, ce que fut la Nuit de Cristal, en nous référant à l’Encyclopaedia Universalis :

Le 9 novembre [1938], juste avant minuit, le commandant de la Gestapo, Heinrich Müller, envoie un télégramme à toutes les unités de police pour les informer que « dans les plus brefs délais, des actions contre les Juifs, et en particulier contre les synagogues, doivent avoir lieu dans toute l'Allemagne. Rien ne doit venir contrarier ces opérations ». Au contraire, la police devait arrêter les victimes. Les brigades de sapeurs-pompiers se tenaient près des synagogues en flammes, ayant reçu l'ordre explicite de laisser les bâtiments brûler. Elles ne devaient intervenir que si le feu menaçait des propriétés « aryennes » voisines.

En l'espace de deux jours et de deux nuits, plus de 1 000 synagogues furent incendiées ou subirent des dégâts. Les émeutiers mirent à sac et pillèrent environ 7 500 entreprises juives, assassinèrent au moins 91 Juifs et vandalisèrent hôpitaux, maisons, écoles et cimetières juifs. Les agresseurs étaient souvent des voisins des victimes. Quelque 30 000 hommes juifs âgés de seize à soixante ans furent arrêtés. Pour emprisonner un si grand nombre de nouveaux arrivants, les camps de concentration de Dachau, Buchenwald et Sachsenhausen furent étendus.

Est-ce bel et bien à ce tragique événement historique que vous faites référence ? Avez-vous osé comparer les incidents de la rue de la Roquette à un gigantesque déchainement meurtrier de violence et de haine, organisé par l’État lui-même, et considéré par bien des historiens comme le prélude à la déportation et au génocide des Juifs ? Il semble bien que oui.

Passons sur le fait que la 1ère version des violences de la rue de la Roquette a été démentie par… le président de la synagogue lui-même, qui a affirmé, lors d’une interview sur la chaîne d’information i>Télé, ce qui suit : « À aucun moment, nous n’avons été physiquement en danger ».

Et revenons plutôt sur votre emphase et sur ce qu’elle induit : en comparant les événements du 13 juillet à la Nuit de Cristal, vous relativisez considérablement, et le mot est faible, la réalité de cette dernière. En effet, à vouloir grossièrement forcer le trait, vous laissez entendre et supposer que la Nuit de Cristal pourrait être considérée, somme toute, comme une manifestation qui aurait mal tourné et qui aurait dégénéré en violences. Me permettrez-vous de vous faire remarquer que vos propos pourraient être aisément qualifiés de révisionnistes ?

Et il en va de même pour votre allusion aux « pogroms », tout aussi déplacée, pour ne pas dire outrancière, que la mention de la Nuit de Cristal. Référons-nous, de nouveau, à l’Encyclopaedia :

Pogrom : Terme russe désignant un assaut, avec pillage et meurtres, d'une partie de la population contre une autre, et entré dans le langage international pour caractériser un massacre de Juifs en Russie. (…) Ils survenaient lors d'une crise politique ou économique et s'effectuaient grâce à la neutralité (parfois aussi grâce à l'appui discret) des autorités civiles et militaires. (…) Le bilan des pogromes est malaisé à établir : on peut dénombrer quelque 887 pogromes majeurs et 349 « mineurs », qui auraient fait plus de 60 000 morts.

En employant le terme « pogrom », vous banalisez, de nouveau, une véritable tragédie historique, celle de massacres de masse tolérés, voire encouragés par les autorités et l’armée russes. Et vous relativisez, de nouveau, les violences dont ont été victimes des centaines de milliers de Juifs, cette fois en Russie et dans les pays voisins à la fin du 19ème et au début du 20ème siècles.

Combattre l’antisémitisme, mais sans vous

Existe-t-il de l’antisémitisme en France ? Évidemment, et il appartient à chacun de le combattre implacablement, qu’il s’agisse de celui de l’extrême-droite « classique », du tandem Soral-Dieudonné ou d’autres haineux qui tentent d’instrumentaliser la question palestinienne pour distiller un discours stigmatisant, parfois malheureusement suivi de passages à l’acte, contre les Juifs.

Mais vos propos, maintes fois réitérés, n’aident pas, et c’est un euphémisme, ceux qui entendent mener le combat contre l’antisémitisme tout en ne renonçant pas à témoigner de leur soutien aux droits légitimes (et internationalement reconnus) des Palestiniens.

Car VOUS entretenez l’amalgame entre juif et israélien.

Car VOUS banalisez certaines des tragédies dont ont été victimes les Juifs.

Ce faisant, vous rendez service à la vermine antisémite en reprenant à votre compte, bien que vos intentions diffèrent, leurs pires abjections.

Vous souhaitez défendre Israël ? C’est votre droit. Je suis en effet partisan, contrairement à vous qui avez soutenu les interdictions de manifester, de la liberté d’expression et d’opinion.

Mais vous n’avez de toute évidence aucune leçon de lutte contre l’antisémitisme à donner à qui que ce soit, et le meilleur service que vous pourriez rendre aux Juifs serait d’arrêter de prétendre parler en leur nom.

Julien Salingue







[1] En Israël, il existe un découplage entre « citoyenneté » et « nationalité ». L’ensemble des Israéliens sont de « citoyenneté » israélienne, mais ils doivent ensuite « choisir » leur nationalité. Les deux nationalités les plus répandues sont la « nationalité juive » et la « nationalité arabe ». Les deux nationalités formellement interdites sont la nationalité palestinienne et la nationalité… israélienne. L’existence d’une nationalité israélienne induirait en effet l’existence d’une nation israélienne, non déterminée par des critères religieux ou ethniques, un véritable cauchemar pour le mouvement sioniste qui proclame que l’État d’Israël est « l’État-nation du peuple juif ».
[2] Qui n’existe pas, voir note 1. 

vendredi 18 juillet 2014

Offensive israélienne contre Gaza : les partis pris du traitement médiatique

Les biais et travers médiatiques liés à la volonté revendiquée de traiter de manière « équilibrée » une situation asymétrique débouchent sur une occultation des tenants et aboutissants réels du conflit, assimilable à une malinformation, voire une désinformation. À force de vouloir simplifier à outrance, on gomme en effet les causes profondes du conflit, on « évite » toutes les informations qui pourraient renvoyer à ces causes profondes et on fournit, à l’arrivée, une information qui n’en est pas une et qui n’offre aucune clé de compréhension au lecteur, au téléspectateur ou à l’auditeur.
Le bruit médiatique général donne en réalité à lire, à entendre ou à voir une « guerre sans fin », au sein de laquelle les torts seraient partagés, les populations civiles victimes des mêmes politiques, et les « extrémistes » responsables de tous les maux. Le déséquilibre des forces et des légitimités est largement étouffé au nom d’une prétendue « neutralité » se manifestant par la revendication d’un traitement « équilibré » qui, dans une situation telle que celle du conflit opposant Israël aux Palestiniens, conduit à un accompagnement, voire une légitimation du récit israélien.

jeudi 3 juillet 2014

Interview de Nicolas Sarkozy : Jean-Pierre Elkabbach mis en examen pour trafic de connivence

Mercredi 2 juillet, l’interview de Nicolas Sarkozy, retransmise en direct sur Europe 1 et TF1, a été une fois de plus, pour Jean-Pierre Elkabbach, l’occasion de démontrer ses talents de journaliste. Son irrévérence et sa pugnacité légendaires ont en effet sauté aux yeux de tous les auditeurs et téléspectateurs, et nous ne pouvions nous empêcher de revenir sur ce morceau de bravoure qui vaudra probablement à son auteur un prix Pulitzer… ou une mise en examen pour trafic de connivence.

lundi 30 juin 2014

Sondage : faut-il interdire Le Point ?

Invitée du « Grand rendez-vous » (Europe 1, i>Télé, Le Monde) dimanche 29 juin au matin, Marine Le Pen entonne sa traditionnelle rengaine au sujet de la double nationalité. Prenant prétexte des « incidents » survenus dans quelques villes françaises le soir de la qualification de l’équipe nationale d’Algérie pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde de football, la présidente du Front National déclare ainsi qu’il faut, « pour que l’État retrouve son autorité »« mettre fin à la double nationalité ».
Une « petite phrase » qui, à la rédaction du Point, n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Quelques heures plus tard, on découvre en effet sur le site de l’hebdomadaire un « sondage » visiblement inspiré des propos tenus par Marine Le Pen...

jeudi 19 juin 2014

Israël/Palestine : les inepties du « spécialiste » d’i>Télé, Olivier Ravanello


Publié sur le site d'Acrimed. 

Depuis quelques jours, une opération militaire israélienne de grande ampleur est en cours en Cisjordanie, avec pour objectif affiché de retrouver les trois jeunes colons israéliens enlevés dans la région d’Hébron le 12 juin 2014. Même si elle ne fait pas les gros titres, cette intervention donne toutefois lieu à quelques reportages et éditoriaux, dont celui, le 17 juin, d’Olivier Ravanello, « spécialiste des questions internationales » sur i>Télé. Un véritable modèle du genre, qui donne à voir – en à peine quatre minutes – à quel point les « experts » des « questions internationales », qui aiment s’écouter gloser sur tout et n’importe quoi, peuvent multiplier les erreurs, imprécisions, et raccourcis, quitte à sacrifier l’information sur l’autel de leur statut de « spécialiste » autoproclamé.

mardi 10 juin 2014

Les médias et le Front National : indignations sélectives et banalisation effective

Publié sur le site d'Acrimed (avec Henri Maler). 


Depuis les élections européennes du dimanche 25 mai et la victoire du Front National, le sens et la portée des résultats ont fait l’objet d’innombrables commentaires. Mais à quelques réserves près, une seule question retiendra notre attention : dans quelle mesure et comment les médias dominants favorisent-ils le Front National, non seulement en cette occasion, mais de façon plus générale ?

mercredi 28 mai 2014

Boycott, désinvestissement et sanctions : alarmes israéliennes

Article publié dans Le Monde diplomatique (juin 2014)


Les diplomates américains font semblant de découvrir la politique du fait accompli menée par Tel-Aviv et les effets destructeurs de la colonisation. Pour en finir avec l’impunité d’Israël et faire respecter le droit international, une myriade d’acteurs économiques, culturels ou politiques ont désormais recours à d’autres méthodes. 

mercredi 9 avril 2014

Le presque roman-photo du discours de politique générale de Manuel Valls


Donc, le 8 avril, Manuel Valls a fait son discours de politique générale :



Les députés du Parti Socialiste ont écouté, se demandant s'ils allaient voter la confiance :



Du côté de l'UMP, on n'a pas trop su quoi penser, parce qu'on était plutôt d'accord : 



Un peu comme à l'UDI : 



L'extrême-droite, elle, s'est rapidement fait un avis : 



Du côté du Medef, la réaction a été mitigée :



Comme chez les 11 députés de "l'aile gauche du Parti Socialiste" qui ont fini par s'abstenir : 



Au Front de Gauche on n'a pas voté la confiance, et on l'a fait savoir :



Alors que les écologistes ont majoritairement voté pour, manifestant leur "soutien critique" :



Pendant ce temps, certains éditorialistes saluaient le discours du Premier Ministre :



Tandis que d'autres éditorialistes saluaient le discours du Premier Ministre : 



Et que d'autres éditorialistes saluaient le discours du Premier Ministre :



Bref. À la fin de la journée, Manuel Valls a obtenu la confiance. Et ça l'a rendu heureux : 



À SUIVRE...